Historique, Jeunesse, Judith Kerr

Out of the Hitler time – Judith Kerr

  • Titre: Quand Hitler s’empara du lapin rose / Ici Londres
  • Auteur: Judith Kerr
  • Date de publication: 1971 / 1975
  • Traduit de l’anglais
  • Pages: 320 / 448
  • Genre: Jeunesse / Historique
  • Maison d’édition: Albin Michel

Imaginez que le climat se détériore dans votre pays, au point que certains citoyens soient menacés dans leur existence. Imaginez surtout que votre père se trouve être l’un de ces citoyens et qu’il soit obligé d’abandonner tout et de partir sur-le-champ, pour éviter la prison et même la mort. C’est l’histoire d’Anna dans l’Allemagne nazie des années 1930. Elle a neuf ans et ne s’occupe guère que de crayons de couleur, de visites au zoo avec son « oncle » Julius et de glissades dans la neige. Brutalement les choses changent. Son père disparaît sans prévenir. Puis, elle-même et le reste de sa famille s’expatrient pour le rejoindre à l’étranger. Départ de Berlin qui ressemble à une fuite. Alors commence la vie dure – mais non sans surprises – de réfugiés. D’abord la Suisse, près de Zurich. Puis Paris. Enfin Londres.

À Londres, tandis que la menace nazie s’étend sur l’Europe, Anna se décide à lutter. Soutenue par une famille qu’elle aime, un frère brillant et attentif, une mère d’une volonté farouche, un père doué d’une acuité et d’un charme peu ordinaires, elle fait face et se met à vivre. Dès lors, en dépit des épreuves et même en partie grâce à elles, elle découvre les faits et les gens tels qu’ils sont en réalité : divers, ambigus, attachants, beaux quand un regard les éclaire. De ce regard, Anna va faire la clef de son avenir de peintre.

L’histoire démarre à Berlin en mars 1933 avec comme protagoniste principale Anna, une jeune fille de 9 ans. Cette dernière vit dans une famille bourgeoise soudée. Son père est un journaliste et écrivain allemand reconnu, sa mère est le pilier de la famille et son grand frère Max a une très grande et attachante soif de vie et d’aventure. Cette famille, d’origine juive, va subir la censure exercée par l’accession du parti national-socialiste au pouvoir en Allemagne et va rapidement faire le choix de fuir le régime antisémite qui se met en place suite à la nomination de Hitler à la chancellerie allemande en janvier 1933.

Toutefois, le thème principal de ces deux romans n’est pas le nazisme ni la Deuxième guerre mondiale. Je le résumerai en une question. Qu’est-ce qu’être un enfant puis un adolescent dans l’Europe des années 1930/1940? Nous suivons, par la lecture de ces deux livres, le statut complexe de réfugié politique dans les années 1930 et 1940 par le prisme de la vie quotidienne de cette famille.

Ce que j’ai beaucoup aimé dans cette histoire, c’est qu’il s’agit du point de vue d’une enfant. Les parents d’Anna ne cachent rien de la situation politique et économique de cet exil mais la candeur d’un récit à hauteur d’une enfant tend à laisser la trace d’une aventure légère et sans risque (et pourtant, le risque est omniprésent mais jamais clairement menaçant). Il y a plusieurs scènes, notamment en rapport avec la difficulté pour Anna de se faire comprendre dans les pays d’accueil, qui m’ont vraiment fait beaucoup rire. Si vous cherchez une histoire qui relate précisément les faits de la montée du totalitarisme en Europe et de la Deuxième Guerre mondiale, vous serez déçus car nous ne rentrons jamais dans les détails. Il ne faut pas oublier que Judith Kerr a souhaité écrire des romans destinés aux enfants.

Puis, dans Ici Londres, nous suivons, quelques années plus tard, le récit d’une adolescente puis d’une jeune femme lésée par son statut de réfugiée allemande en Angleterre qui découvre les premiers émois amoureux tout en se questionnant sur son avenir professionnel. Pauvreté, émancipation par le travail et les études, rencontres… J’ai beaucoup aimé le deuxième opus, plus mature que le premier mais je regrette de n’avoir que très peu de nouvelles de la vie de Max qui est par la force des choses éloigné de Londres. Outre les thèmes évoqués plus haut, j’ai aimé l’évolution des relations familiales d’Anna avec son père et sa mère; les incompréhensions, la défiance, la maladie… En résumé, ces deux romans sont de beaux récits d’émancipation que je conseille de mettre entre toutes les mains d’adolescents de 14 ans.

L’histoire d’Anna, c’est celle de Judith Kerr. Il s’agit de deux romans autobiographiques écrit à la 3è personne qui laisse un précieux témoignage de l’exil connu par des milliers de familles dans les années 1930. J’en garderai un très bon souvenir.

Quand Hitler s’empara du lapin rose a été adapté au cinéma allemand en décembre 2019.

15/20

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s